DRIVE MY CAR

RYÛSUKE HAMAGUCHI

Alors qu’il n’arrive toujours pas à se remettre d’un drame personnel, Yusuke Kafuku, acteur et metteur en scène de théâtre, accepte de monter Oncle Vania dans un festival, à Hiroshima. Il y fait la connaissance de Misaki, une jeune femme réservée qu’on lui a assignée comme chauffeure. Au fil des trajets, la sincérité croissante de leurs échanges les oblige à faire face à leur passé.

Véritable révélation de la sélection officielle Drive My Car a incontestablement marqué un temps fort de la 74e édition du festival de cannes. Ce n’est d’ailleurs pas vraiment ce réalisateur qui est une découverte, ses précédents films (Senses, Asako I&II et Contes du hasard et autres fantaisies) ont été montrés et primés dans plusieurs grands festivals, mais c’est l’accomplissement exceptionnel qu’est le film, très au-delà de ce que les oeuvres précédentes permettaient d’anticiper, aussi réussies sont-elles. Adapté d’une nouvelle éponyme de Murakami (qui figure dans le recueil Des hommes sans femme), le film se déploie avec une sorte de douceur hypnotique par grandes vagues émotionnelles. […] l’essentiel du récit se passe dans deux lieux, un lieu fixe et un lieu mobile, un lieu collectif et un lieu privé. Le premier est la salle de répétitions, où Kafuku dirige les acteurs qui, à la table, lisent leur rôle. le second est la voiture, cette Saab 990 turbo rouge vif, qui devient un autre espace de paroles, de pensée, de quête de vérités et d’apaisement, étrangement symétrique de l’espace théâtral. […] pour Drive My Car, vient l’envie d’inventer un mot comme « qinéma », qui associerait le qi, le souffle vital oriental, et le cinéma. un mot pour suggérer, faute de pouvoir le décrire et encore moins l’analyser, ce qui court
tout au long de ce magnifique voyage…
JEAN-MICHEL FRODON – projection publique, 13 juillet 2021