DIAMANTINO

GABRIEL ABRANTES et DANIEL SCHMIDT

Un mélange de conte de fées et d’espionnage avec une star de football pour protagoniste. Un premier long métrage aux embardées désopilantes…

Un ovni a survolé la Croisette, venu tout droit du Portugal avec de drôles de passagers à bord : une star de football déchue et candide, Diamantino, interprétée par Carloto Cotta, le héros de Tabou (2012) et des Mille et une nuits (2015) de Miguel Gomes ; deux sœurs maléfiques qui instrumentalisent leur frère afin de promouvoir l’extrême droite et la sortie du Portugal de l’Europe ; une jeune policière noire, Aïcha, qui se fait passer pour un garçon réfugié et mène l’enquête. En regardant Diamantino, une «pop fiction» inclassable sélectionnée à la Semaine de la Critique, coproduite par la France, le Portugal et le Brésil, le public ne savait pas toujours s’il fallait rire ou s’inquiéter. Est-ce un polar, de la science-fiction, un film romantique, un conte politique? Sur le plan esthétique, le grain de la pellicule seize millimètres côtoie le cinémascope, les effets numériques, la caméra drone… Entre avant-garde et culture populaire, ce film multiforme affiche une forte ambition : toucher le plus grand nombre tout en étant radical et inventif… Abrantes et Schmidt aiment les fausses pistes; au premier abord Diamantino apparaît limité intellectuellement mais ils préfèrent le qualifier de «naïf» […] «Nous pensons que la comédie est le meilleur outil pour parler de la crise contemporaine», disent-ils d’une même voix… […] Le duo de choc avoue son goût pour les vieilles comédies hollywoodiennes, dont ils vantent la «radicalité», et citent dans leur répertoire L’Impossible Monsieur Bébé (1938), de Howard Hawks, avec Katharine Hepburn et Cary Grant dans le rôle d’un paléontologue. Point de léopard dans Diamantino, mais d’autres bébêtes hantent le terrain de foot.
CLARISSE FABRE – LE MONDE.FR, 12 mai 2018