DES HOMMES

LUCAS BELVAUX

Ils ont été appelés en Algérie au moment des «événements» en 1960. Deux ans plus tard, Bernard, Rabut, Février et d’autres sont rentrés en France. Ils se sont tus, ils ont vécu leurs vies. Mais parfois il suffit de presque rien, d’une journée d’anniversaire, d’un cadeau qui tient dans la poche, pour que quarante ans après, le passé fasse irruption dans la vie de ceux qui ont cru pouvoir le nier.

J’ai lu Des hommes dès sa sortie, il y a plus de dix ans. Je l’ai trouvé magnifique, étourdissant, émouvant, fort. En fait, j’aurais aimé l’avoir écrit. Il y a bien sûr le style, une écriture syncopée, haletante qui fait naître la tragédie de l’insignifiant, de l’ordinaire, du silence. Laurent Mauvignier est un grand auteur mais on n’adapte pas un style. On peut en revanche adapter un procédé. Ici, ce sont les flash-backs, les soliloques, le récit non chronologique au fil de la pensée. […] Dans le film, la voix-off permet au personnage de murmurer à l’oreille des spectateurs, dans une relation d’intimité unique, mais c’est aussi une façon pour le personnage de se parler à lui-même, de s’interroger, de réfléchir sur sa condition, ce qu’il a été, ce qu’il est, ce qu’il fait. Et ça permet au personnage d’aujourd’hui de dialoguer avec celui qu’il était quarante ans plus tôt. […] Il fallait retrouver le fonctionnement discontinu des souvenirs, le côté marabout-de-ficelle, leur caractère « submergeant » aussi, comme dans la séquence où les voix d’aujourd’hui dialoguent avec celles d’hier.
LUCAS BELVAUX – in DOSSIER DE PRESSE