COMME SI DE RIEN N’ÉTAIT

EVA TROBISCH

Eva Trobisch réalise un premier film remarquable. Comme si de rien n’était est complexe, puissant et précis.JAMES GRAY

Ce serait une erreur de réduire le saisissant film d’Eva Trobisch à son apparente simplicité formelle et à son sujet-choc (le viol). L’exigence esthétique avec laquelle ce film de fin d’études est mené, accompagne magnifiquement, par le cadre, le trajet de cette femme qui refuse d’être victime. Un soir, alcoolisée, Janne (l’excellente comédienne Aenne Schwartz) rentre avec un collègue de boulot, s’amuse légèrement avec lui.
Mais rapidement, elle comprend que son confrère « veut plus » et lui explique qu’elle n’a pas envie, ce à quoi il a rétorqué : « Alors laisse-toi faire. » Après le viol, elle lui demande, choquée : «Tu as fini ? » Ce regard meurtri dit bien l’impossibilité de réaction, comme paralysée par un sentiment de honte. La résilience, mais aussi le déni, seront tout au long au cœur du récit. Il faut voir la dernière scène, étourdissante, dans laquelle notre héroïne tient tête aux agents du métro, affirmant qu’elle ne pouvait prendre de ticket car la borne était en panne. Et dans son visage se dessine une forme de résistance à tout ; un dernier plan précis, intense, qui dit toute la beauté à fleur de peau de l’être humain.
THOMAS AÏDAN – LA SEPTIÈME OBSESSION, MARS-AVRIL 2019

L’idée n’a jamais été de faire un film sur le viol. […] J’ai développé le personnage pour en faire une femme moderne, éduquée, rationnelle, cynique, une femme qui réclame le droit d’être qui elle veut… Je voulais me poser la question à la fois de la force et des limites de cette autodétermination, qu’elles soient sociales, physiques, ou émotionnelles.
EVA TROBISCH – in DOSSIER DE PRESSE