CITY HALL

FREDERICK WISEMAN

Frederick Wiseman investit la municipalité de Boston, où le maire démocrate Martin Walsh et ses équipes travaillent dans un esprit participatif et collaboratif avec les citoyens, à la mise en place d’une politique ambitieuse en matière de justice sociale, d’accès au logement, de lutte contre l’exclusion et d’action pour le climat.

Succédant immédiatement, dans l’ample filmographie de Frederick Wiseman, à Monrovia, Indiana (sa population très majoritairement blanche, ses églises et ses armuriers, et son conseil municipal soucieux de ne pas trop ouvrir la petite ville à des éléments étrangers), City Hall est très certainement le film le plus explicitement politique du documentariste, une véritable profession de foi en l’Amérique et sa démocratie telle que la définissait Abraham Lincoln dans son discours de Gettysburg : « le gouvernement du peuple, par le peuple et pour le peuple », un contrepoint au cauchemar qu’est l’entreprise trumpienne de démolition de ses institutions, et une proposition, en filmant ce qu’est concrètement une politique vertueuse de service public et d’inclusion, d’un contre-modèle : « Je sais que Boston ne résoudra pas les problème des États-Unis, nuance le maire au milieu du film. Mais il suffit d’une ville.» Et ce n’est sans doute pas innocent que Frederick Wiseman, l’homme qui, avec King Vidor, a le plus filmé l’Amérique dans sa diversité territoriale, retourne pour cela à sa ville de naissance, celle qui a vu grandir le fils d’immigrés juifs d’Europe de l’Est qu’il était, et qui y a vécu dès son plus jeune âge ce qu’était la discrimination.
ANTOINE GUILLOT * – in UN ART CIVIQUE – À PROPOS DE «CITY HALL»

* Antoine Guillot est journaliste et critique de cinéma, producteur de l’émission Plan Large sur France Culture.