BOWLING SATURNE

PATRICIA MAZUY

À la mort de leur père, Guillaume, policier ambitieux, offre en gérance le bowling dont il vient d’hériter à son demi-frère marginal, Armand. L’héritage est maudit et va plonger les deux hommes dans un gouffre de violence…

« Bowling Saturne » est un film noir. Quelles étaient vos références ?
PATRICIA MAZUY : Les films qui m’habitent sont souvent américains mais aussi russes, japonais, coréens… Au début de l’écriture, nous avions beaucoup pensé avec Yves Thomas, le scénariste, à Traquenard (1958), le film génial de Nicholas Ray, dans lequel l’avocat véreux est un être bloqué, empêché, comme le personnage de policier au destin brillant tout tracé, Guillaume. Quand on écrivait la dernière partie du film, avec la bande des vieux chasseurs qui a privatisé le bowling pour leur dîner annuel, j’ai repensé à un film de Nagisa Oshima de 1967 à propos des chansons paillardes au Japon. Dans le film d’Oshima, l’ancestralité venait des chants eux-mêmes. Dans Bowling Saturne, l’ancestralité est incarnée par les images de chasse… L’aventure du film était de tracer une tragédie au présent, un « film noir » inscrit dans le monde actuel : impliquer quelque chose d’aujourd’hui dans un film qui traite d’héritage et de violence, d’une manière primitive.

Diriez-vous que le film est féministe ?
P.M. : C’est celui de mes films où je sens pour la première fois peut-être que c’est une femme qui l’a « regardé et filmé »… Bowling Saturne montre une plaie ouverte dans les rapports entre les hommes et les femmes. Je regarde deux hommes et une virilité complexe, entre héritage et empêchement, frustration et violence, férocité et attraction, rapport au sexe et à l’invisible… Il me semble qu’il y a quelque chose de très actuel dans ce tableau de chasse.

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