BLACK TEA

ABDERRAHMANE SISSAKO

Aya, une jeune femme ivoirienne d’une trentaine d’années, dit non le jour de son mariage, à la stupeur générale. Émigrée en Chine, elle travaille dans une boutique d’export de thé avec Cai, un Chinois de quarante-cinq ans. Aya et Cai tombent amoureux mais leur histoire survivra-t-elle aux tumultes de leurs passés et aux préjugés ? Par le réalisateur de Bamako et Timbuktu.
Vous parlez d’un film qui annonce le futur. Il y est pourtant question, à travers les séquences de cérémonie du thé, d’une transmission des traditions et des rituels, et l’importance de leur persistance.
ABDERRAHMANE SISSAKO : Certainement mais le plus important était de montrer une Aya curieuse de l’Autre. Parce que cela fait partie de tout voyage : quand on part à l’étranger, c’est aussi pour recevoir la culture d’un pays. À l’inverse, le soin avec lequel Cai initie Aya à la cérémonie du thé est sa manière de lui dire qu’elle peut s’adapter, qu’elle n’est plus seulement une Africaine immigrée en Chine. Et pour le coup je crois que c’est une attitude culturelle spécifique : vous ne verrez jamais une Française ou une Anglaise se disputer avec une Africaine en wolof ou en bambara sur un marché, parce que leurs immigrations reposaient sur une domination de l’Autre. Aujourd’hui les Chinois qui émigrent en Afrique ou dans le sens inverse, ce sont des « petites gens » qui vont en rencontrer d’autres et via le partage de leurs traditions vont être dans un sens de l’échange. C’est aussi ce que je voulais raconter avec Black Tea, ce qu’Aimé Césaire définissait par « c’est dans le particulier qu’on apprend l’universel ». in DOSSIER DE PRESSE