BACURAU

KLEBER MENDONÇA FILHO et JULIANO DORNELLES

Dans un futur proche… Le village de Bacurau dans le sertão brésilien : un film hybride et baroque, déroutant et fascinant.
Entre la sortie du précédent film de Kleber Mendonça Filho (Aquarius, en 2016) et celui-ci, un événement de taille s’est produit : l’élection d’un président fasciste au Brésil. Aquarius était un film de colère rentrée, qui attendait ses tout derniers plans pour laisser exploser sa rage, symbolisée par du bois infesté de termites, renversé sur le bureau d’un promoteur immobilier tout aussi véreux que les poutres. Bacurau prolonge ce geste,
mais cette fois-ci la colère est immédiate, manifeste, sans entrave. Plus le temps de tergiverser, il faut combattre. L’ennemi est tôt identifié : un préfet en campagne qui a décidé de rayer littéralement un village récalcitrant de la carte, et qui pour ce faire a engagé de sanguinaires mercenaires américains. Le commando est assez caricatural, mais qu’importe : Bacurau est un film impressionniste autant qu’expressionniste, un western sous acide où les plans se dessinent au couteau, où la sensation compte davantage que la raison. Un peu comme si Glauber Rocha avait mêlé sa furie marxiste à celle, nihiliste, d’un Peckinpah, le tout revisité par Tarantino avec un zeste de Carpenter. As Armas !
JACKY GOLDBERG – LES INROCKUPTIBLES, 22 MAI 2019