BABY FACE

CYCLE FORBIDDEN HOLLYWOOD / L’ÈRE PRÉ-CODE

ALFRED E. GREEN

Le Pré-code, c’est Zola à Hollywood. Baby Face d’Alfred E. Green, c’est Nana à New York, l’un des exemples les plus affolants de cette période.

Prostituée par son père qui gère un bar, Lily Powers (Barbara Stanwyck) quitte la Pennsylvanie après un incendie qui la libère de l’emprise paternelle. Elle écoute les conseils d’un client qui lui reproche de ne pas suffisamment exploiter ses charmes et sa force – grand lecteur de Nietzsche, il instille en elle la « volonté de puissance ». Lily débarque à New York et se fait embaucher dans une banque où ses charmes lui font gravir les échelons – à chaque fois qu’elle met le grappin sur un employé, la caméra glisse sur le building de l’entreprise et monte d’un étage. La métaphore, aussi splendide que scandaleuse, est le symbole même de l’esthétique Pré-code : on va très vite, on emprunte des raccourcis géniaux.
LES INROCKUPTIBLES, 01 JUILLET 2020