ADOLESCENTES

SÉBASTIEN LIFSHITZ

Pendant cinq ans, le réalisateur des Invisibles (2012) et de Bambi (2013) s’est installé à Brive auprès de deux jeunes filles qui passent de l’adolescence à l’âge adulte. L’une est issue d’une famille bourgeoise, l’autre vient d’un milieu défavorisé. Elles vivront ce passage différemment. Où le réel, la sexualité, le politique, le social et les rêves, s’en mêlent.

Le film suit durant cinq années deux amies, Emma et Anaïs, depuis l’âge de treize ans jusqu’à dix-huit ans. Autant dire du début de l’adolescence à l’entrée dans l’âge adulte, de la 4e à l’après-bac, de la proximité (compliquée) avec les parents au départ (pas beaucoup plus simple) du foyer familial. Le film est passionnant, réussissant l’exploit d’extraire en deux heures et quart la quintessence d’une trépidante mutation existentielle en même temps que la somme de cinq années de tournage. Enjeu social, désillusions politiques, horizon collectif, rôle des parents dans l’éducation des enfants, esquisse d’un imaginaire des jeunes filles, le film emporte avec lui bien plus qu’une simple chronique adolescente. Précisément, une sorte de photographie vernaculaire de la société française contemporaine.
JACQUES MANDELBAUM – LE MONDE, 3 OCTOBRE 2019

Anaïs et Emma si dissemblables et si complémentaires sont devenues à la marge de Jacques Demy, « mes demoiselles de Brive » ! […] Devant l’objectif, les deux filles vivaient un fantasme puissant d’être actrices. Elles m’offraient d’abord une image fantasmée d’elles-mêmes. Je laissais faire, il fallait que ça sorte. Et puis, généralement, au bout de deux heures, le « show » s’arrêtait et elles redevenaient elles-mêmes. C’est là que le film pouvait commencer pour moi… SÉBASTIEN LIFSHITZ