Week-end Cinéma : Fassbinder, l’ogre magnifique

22 et 23 septembre

Stage animé par Alain Bergala,
essayiste, réalisateur, commissaire d’expositions et auteur de nombreux
ouvrages sur le cinéma.

Quatre films présentés en partenariat avec l’ADRC et Carlotta Films :
Tous les autres s’appellent Ali (1973)
Le Droit du plus fort (1974)
Le Mariage de Maria Braun (1978)
Lola, une femme allemande (1981)

Programme détaillé et fiche d’inscription à télécharger

Fassbinder a été la grande conscience cinématographique de l’Allemagne de l’après-guerre. Avec plus de quarante films en moins de quinze ans, il a été le seul cinéaste allemand à se poser la double question de l’héritage historique et cinématographique du nazisme. Ses fi lms posent avec la plus grande acuité les contradictions de l’Allemagne de l’après-guerre par rapport à son passé proche et obsédant. Il est allé de façon fulgurante jusqu’au bout d’un cinéma sans équivalent, au croisement du théâtre, du cinéma moderne qui a précédé de dix ans sa génération (le Godard des années soixante en particulier) et du grand mélodrame américain baroque à la Douglas Sirk des années cinquante.
Il a eu l’ambition de faire des films allemands « hollywoodiens », même sans les moyens d’Hollywood, de créer ses propres acteurs mythiques, avec la conviction qu’il faut filmer les acteurs « comme s’ils étaient tous des stars » Avec Le Mariage de Maria Braun et Lola, une femme allemande, Fassbinder décrit au vitriol l’Allemagne des années cinquante, celle de la reconstruction et du miracle économique allemand. Il centre ces deux films sur deux portraits de femmes, car il a découvert que dans les films de Sirk les femmes pensent et agissent, alors que dans les autres films, elles se contentent de réagir. Il est convaincu qu’elles sont « les figures les plus passionnantes de la société, et que les conflits ont plus d’évidence chez elles ».
Avec Tous les autres s’appellent Ali et Le Droit du plus fort, il veut plonger au cœur de l’Allemagne contemporaine, dont il pense que les minorités sont la pierre de touche « de ce qui brûle, de ce qui va mal », et mettre à jour toutes les corruptions et les injustices héritées du nazisme. Mais il tient à ce que les images, même lyriques et somptueuses, cessent d’être juste des images et obligent le spectateur à s’interroger sur lui-même dans l’intimité du face-à-face avec le film lors de la projection.

ALAIN BERGALA