Le spectacle est une subtile alliance de puissance et de fragilité.
Le besoin impérieux de traduire ses impressions en expressions, sous quelque forme que ce soit, habite chacun mais les artistes ont cette ressource de dire le monde, intérieur et extérieur, qui n’est pas celle du sens commun. L’artiste a cet autre regard, singulier, inédit, qui fouille, déconstruit et recompose le rapport à l’espace, aux idées, au temps, aux sensations, aux émotions. Sa puissance, son talent pourraient nous en éloigner, par défiance ou admiration, sa fragilité nous en rapproche par son humanité errante. L’artiste nous conte des histoires, on n’y entend finalement que la nôtre, en creux ou en relief, ballottés entre la lucidité et la part d’ombre qu’elles révèlent.
Sans doute faudrait-il apprendre, très tôt, le sens de la fragilité, intrinsèque à la vie. La fragilité, cet inépuisable souffle de la création artistique. Il ne s’agit pas d’en faire l’éloge, de s’y complaire, s’y enliser mais non plus de vainement s’en désespérer, juste d’en prendre conscience pour maîtriser la relativité de sa propre existence.
La fragilité, c’est l’impermanence des choses humaines, le frêle équilibre des êtres comme de la biosphère, l’instabilité des certitudes, des primautés, la précarité de l’harmonie, des utopies, des civilisations, des états d’âme, du temps, de la mémoire, des sentiments, de la confiance en l’homme, entre grandeur et folie, burlesque ou dévastatrice.
C’est sur cette frange de basculement, de la disparition, dans ce qu’il y a de plus fort et de plus sacré au fond de l’être, que l’art puise l’inspiration, l’interprétation.
Et les œuvres, les artistes nous donnent à s’émouvoir, s’enflammer, s’indigner, sourire, pleurer, penser, rire aux larmes, admirer.
Devant la scène, devant l’écran, assemblés, on lit le reflet de sa propre fragilité, dans le temps présent, inutile et précieux.
Jackie Marchand





