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François Morel chanteur : interview

Acteur, auteur, chroniqueur, passeur d’émotions, dompteur de mots… manquerait plus qu’il chante, François Morel ! Depuis son premier récital créé à La Coursive en 2006, Collection particulière, le public de La Rochelle et d’ailleurs sait que le bonhomme connaît la chanson. Quelques années plus tard, rebelote avec le savoureux spectacle Le Soir, des lions… où le grand François poussait la chansonnette sous le regard complice de Juliette. Jamais deux sans trois, dit l’adage. Pour une nouvelle aventure chantée, c’est avec la même équipe de musiciens que se crée, en janvier 2016, son nouveau tour de chant, La Vie (titre provisoire).

 

En mots et en images, rencontre avec François Morel sous le ciel forcément chargé de Paris, au mois de novembre dernier, suivie d'une interview de son architecte musical, Antoine Sahler.

 


 

Vous êtes de retour dans la peau de chansonnier… Allons-nous retrouver l’univers si spécial de votre précédent tour de chant, Le Soir, des lions… ?

Nous en avions gardé un très beau souvenir… Jusque-là, je m’étais dit que chaque spectacle serait différent du précédent, mais cette tournée était un tel bonheur… Humainement, c’était formidable. Joyeux, simple. Et puis j’avais envie de rejouer avec mes musiciens, qui sont, d’ailleurs, devenus beaucoup plus que ça, de vrais partenaires de jeu. Donc l’idée, c’est d'agrandir un peu la famille avec Amos Mah, un violoncelliste.

 

Et Juliette à la mise en scène !

Travailler avec Juliette, avec son tempérament de fausse grande gueule, était déjà un moment passionnant en soi. Quand les choses ne marchent pas, on en invente simplement d’autres. Elle est très à l’écoute, très protectrice aussi, même si, en répétition, elle peut dire des choses assez fortes, violentes mais toujours justes, pour que nous soyons prêts pour la première. Nous n’avons jamais eu de problème d’égo mal placé.

 

Dans une chanson, c'est important la mélodie pour vous ?

J’y suis très sensible, oui. Les deux musiciens qui m’ont accompagné jusqu’à présent, Reinhardt Wagner et Antoine Sahler, sont, pour moi, des grands mélodistes. Ils ont le sens de la chanson populaire, de la mélodie qui continue à nous accompagner encore un peu lorsque le spectacle est fini.

 

La vie de troupe en tournée, c’est quelque chose que vous avez aussi envie de retrouver ?

Oui, bien sûr… Mais pour moi, cette vie-là ne s’arrête jamais vraiment. C’est juste une plus petite famille quand je joue mes spectacles tout seul. Je suis copain avec tous les techniciens, mais ils travaillent quand je ne travaille pas, et vice versa ! En ce moment par exemple, pour Hyacinthe et Rose, je suis bien content d’avoir un copain avec qui partager le plateau… et le reste !

 

Quelle part a l’improvisation dans ce genre de spectacle ? Est-ce qu’il est même possible d’improviser dans un spectacle de chanson ?

Il y en a toujours un peu, oui. Disons qu’on peut se permettre d’en faire si on sait exactement où on va, si le spectacle est déjà très structuré. Improviser, ça veut surtout dire approfondir une idée pour qu’un soir, tout à coup, on trouve le bon mot, le bon geste, le bon silence… ça évolue beaucoup, car notre manière de travailler est assez vivante. J’espère d’ailleurs que nous allons encore laisser beaucoup de place à l’invention lors des répétitions.

 

La chanson, une vocation  évidente à assumer?

Pour mon premier spectacle de chant, j’avais besoin de me rassurer avec le théâtre, pour le deuxième, je tenais à quelque chose d’extrêmement chanté… Là, je me laisse une plus grande liberté. Voyons ce qui va venir ! J’ai confiance en mes partenaires, je pense que les textes sont intéressants, que les musiques sont belles, que nous pouvons y raconter plein de choses. Et puis, après tout, je ne rêve pas - plus - d’être chanteur, je rêve seulement de faire des spectacles : d’être sur une scène avec des gens que j’aime bien, que j’ai choisis et de partager des belles choses avec le public. Et de faire ça toute ma vie. D’être plus comédien ou plus chanteur, finalement, je m’en fous. On va bien voir ce qui tombe.

 

Y’a-t-il une forme de volonté de transmettre certaines valeurs aux gens qui vous écoute, qui vous regarde, qui vous lise ?

C’est ça être comédien… Monter sur scène pour prendre la parole et essayer de transmettre des choses, des choses plutôt positives et dés-angoissantes dans l’époque que nous vivons. J’essaie… Je fais comme je peux…

 

Comme à la radio notamment, où votre dernière chronique, la première après les terribles évènements parisiens, « Ne renoncer à rien », a touchée au cœur des millions de gens ?

C’est marrant parce que cette chronique est partie de quelque chose que je me dis à moi-même. Je ne me permettrais jamais de dire aux gens, « ne renoncez pas, « EZ ». ça n’est surtout pas une leçon ou une injonction, parce que chacun fait comme il peut. Je ne me suis même jamais posé la question. C’est comme si je mettais un nœud à mon mouchoir pour y penser tout le temps : Il faut ne renoncer à rien. Ne renoncer à rien alors que les gens ont peur. C’est humain d’avoir peur, d’être inquiet. Mais il faut qu’on continue à avoir envie de rire, à avoir envie de vivre.




Le billet de François Morel : "Ne renoncer à rien" par franceinter

 

 

Désormais, jouer et réunir des gens dans une salle, c'est devenu une manière de résister ?

Que dire… Dernièrement, j’étais avec des copains dans un restaurant et nos premiers mots, en nous installant, c’était « on est là pour la France ! ». C’était pour rire et dédramatiser, bien évidemment… Nous sommes face à des dangereux malades. Tous les intégrismes me font peur. Je lisais par exemple tout à l’heure l’intervention d’un curé de Lyon qui mettait dos à dos le public du Bataclan et leurs assassins. C’est juste ignoble, un taré ce mec. Mais, pour autant, le mot résistance, je crois qu’il faut s’en méfier et l’utiliser avec des pincettes. On n’est pas Jean Moulin parce qu’on joue sur une scène ou qu’on s’installe en terrasse.

 

Et garder votre légèreté ?

Je ne me sentirais pas d’exprimer des choses graves sans légèreté. Par exemple, j’ai souvent du mal avec le commentaire sur ce que je fais. Cette chronique a visiblement été marquante, alors on me demande de participer à des émissions de télé type talkshow pour en parler. Mais ma chronique, elle est faite ! J’ai dit ce que j’avais à dire ! Et justement, ce que j’essaie d’exprimer avec un peu de légèreté, d’humour ou parfois de poésie, je n’ai pas envie de le raconter platement, avec des mots que je n’aurais pas eu le temps de choisir avant… Ce n’est pas mon truc, ce serait une façon de se prendre au sérieux.

 

Vous avez aussi, dans chaque spectacle, une façon bien à vous de vous moquer de la religion, d’une manière très douce…

Il se trouve que ça revient souvent, effectivement ! Parler de la religion, c’est aussi une manière d’interroger son existence. Dans Le Soir des lions… il y avait cette phrase « le bon Dieu, entre nous, je crois n’existe pas ». Nous avons tous besoin de réponses. On cherche tous à donner du sens. Et les réponses les plus abominables sont les réponses religieuses intégristes. Les gens qui ont besoin d’un petit bon dieu, un bon dieu généreux pour les aider à vivre, franchement, je n’ai rien contre. Quand j’étais jeune, j’aurais bien aimé croire en Dieu, mais je ne devais pas en avoir suffisamment envie. Ma prof de chant me disait souvent à ce propos « mais c’est bien aussi les rêves ! » comme si son bon Dieu était un personnage de science-fiction, un ailleurs qui relativiserait la douleur du monde. C’est assez beau. Je me sens plus agnostique qu’athée finalement, mais pas bouffeur de curé. La religion des autres ne me gêne pas si elle ne cherche pas à me gêner, si elle ne me tire pas dessus quand je vais à un spectacle qui ne plaît pas à ce connard de curé. Si on se laisse vivre et qu’on laisse vivre les autres, tout me va.

 

On en vient à votre titre, La Vie (titre provisoire).

J’ai remarqué que c’était un titre totalement incompréhensible. Récemment, un journaliste m’a demandé si ça allait vraiment s’appeler « la Vie »… Mais, au final, on s’en fout un peu du titre, non ?

 

 

Sentez-vous une forme de complicité avec votre public - a fortiori le public rochelais, qui a vu tous vos spectacles ?

Oui. Et peut-être encore davantage depuis que je fais ma chronique sur France Inter. Je sens que plein de gens la suivent et, comme il n’y a pas un système bien précis, on finit par me découvrir régulièrement sur des points différents. Et c’est vrai qu’à La Rochelle, je ressens cette fidélité du public qui vient voir mes spectacles les uns après les autres, depuis quinze ans, voire même depuis les débuts de La Coursive. Lorsqu’on est sur scène, on se sent parfois le porte-parole de certaines émotions du public. Alors donnons-nous du courage, ensemble, pour continuer.

 

Propos recueillis par Camille Lagrange

Photos Camille Lagrange

 

La Vie ( titre provisoire ), les 13 et 14 avril

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Rencontre l’architecte musical du spectacle de François Morel, Antoine Sahler.

 

Si on regarde un peu le CV de chanteur de François Morel: Collection particulière, un seul musicien ; Le Soir des lions… trois musiciens, pour La Vie, ça sera quatre… Donc pour le prochain, vous allez jouer avec un big band ?!

Passer de quatre à cinquante, oui, c’est une bonne idée tiens… Amos Mah est, comme les autres musiciens du spectacle, multi-instrumentiste. Il est très bon guitariste, joue de la contrebasse. Pour les arrangements, ma petite cuisine, c’est le musicien parfait. J’étais très content qu’on puisse s’adjoindre les services d’un artiste de plus. Nous avons eu un très bon contact, direct, très humain. Il est partant pour tout. Si nous faisons du spectacle un disque, j’aimerai bien que ça soit avec ces mêmes musiciens.

 

Quels sentiers musicaux avez-vous envie d’arpenter pour ce spectacle ?

Je me méfie un peu des étiquettes, la musique vient en faisant. Lorsque nous allons répéter tous ensemble, nous allons bien voir comment ça va sonner ! On aimerait quelque chose d’assez intemporel, mené par des instruments acoustiques dans une veine plutôt classique de la chanson française telle qu’on la connaît. Nous n’allons pas devenir un groupe de pop, chanter en anglais ou ajouter de l’éléctro pour être à la mode ! Nous nous sommes beaucoup questionnés sur la forme de l’écriture, sur la structure des chansons pour aller vers des formes moins narratives, peut-être moins théâtrales.

 

Il y avait déjà un grand sens de la mélodie dans Le Soir, des lions…

C’est surement un poncif, mais pour moi, la mélodie est essentielle. Un texte magnifique ne fait pas forcément une belle chanson et, à l’inverse, certains textes désarmants de simplicité peuvent offrir une alchimie parfaite avec la musique pour donner une chanson magnifique.

 

Est-ce-que réunir des gens dans une salle autour d’un spectacle est devenu une manière de résister ?

Comme François, je dirai oui dans le fond, mais certains mots comme celui-là reviennent trop vite au goût du jour. Je dirai plutôt que ça pousse, chacun à son échelle, à une plus grande exigence dans son travail. Nous avons un micro, utilisons ce temps de parole pour être le plus précis et justes possibles, tout en gardant notre esprit positif et léger. Nous avons cette chance, essayons de bien nous en servir, non pas pour asséner une vérité mais pour questionner, en laissant transparaitre certaines convictions.