Bartabas était à La Coursive le 31 mai dernier, venu rencontrer le public rochelais à l'occasion de la première projection nationale de son film Galop Arrière. Un poème en image qui retrace 25 années de l'aventure équestre Zingaro.
Depuis quinze ans, La Coursive accompagne tous les spectacles de Zingaro, sous châpiteau à Aytré ou lors du Lever de soleil à l'île d'Aix. Bartabas ayant été extrêmement touché par les conséquences de la tempête Xynthia sur la ville qu'il connaît si bien, il a décidé, en accord avec La Coursive, que l'intégralité de la recette de cette soirée soit reversée aux sinistrés.
En attendant son prochain spectacle, voici quelques images de la belle rencontre entre l'homme centaure et le public rochelais, toujours au rendez-vous.
(…) Cela fait déjà vingt-cinq ans que Bartabas nous offre d’être les témoins privilégiés de sa relation intime, exclusive, énigmatique avec les chevaux. Vingt-cinq ans qu’on l’écoute leur parler, qu’on le voit les épouser, qu’on se demande ce qu’il cherche en eux, ce qu’il leur trouve. Vingt-cinq ans qu’on admire, sans toujours le comprendre, le spectacle sans cesse différent, toujours répété, de leur amoureuse complicité. (…)
Galop arrière ne raconte rien d’autre qu’un sacerdoce, et le chemin qui conduit vers ce qu’il faut bien appeler une manière d’absolu. Entre la joie furibonde des premiers Cabarets équestres et le piaffer philosophique d’Entr’aperçu, il y a toutes les étapes qui ont mené Bartabas du cirque ambulant à la scène frontale du Châtelet, de l’épate à l’épure, de la castagne à la sérénité, de la fanfare au silence, de l’audace de la provocation à l’audace de la contemplation, du voyage d’exploration au voyage intérieur, et des soirées folles où coulait autrefois le vin chaud aux Levers de soleil d’aujourd’hui au cours desquels cet écuyer d’exception monte avec une telle ferveur qu’on se demande si c’est la première ou la dernière fois. (…)
Ce film magnifique et poignant, qui plaide pour l’accomplissement équestre mais aussi spirituel du «rassembler», n’est pas une rétrospective en images du théâtre Zingaro, c’est l’autoportrait d’un homme encore jeune qui n’a vécu que pour et par les chevaux. Qu’eût-il été sans eux? Peut-être un moine bouddhiste, un vagabond, le poète de rares haïkus, un ermite dans sa grotte, un marin du Cap Horn, un fou en liberté, on ne sait pas. C’est le miracle et la tyrannie de la vocation: elle impose sa loi, elle gouverne un destin, elle ne laisse place à rien d’autre. Bartabas a trouvé la sienne très tôt; il ne travaille depuis qu’à la réaliser.(…)
Jérôme Garcin
A très bientôt M. Bartabas...
Photos : Camille Lagrange / La Coursive