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Week-end "Mathieu Amalric et ses doubles"

«Le cinéma c’est comme un soleil qui flambe en soi et ne veut plus s’éteindre apportant une clarté et un mystère.» Dans le sillage de Jean-Claude Guiguet, réjouissons-nous d’un cinéma qui prône fièrement son identité et offre en retour aux spectateurs qui acceptent de se laisser toucher «corps et âme» d’être ses vrais protecteurs…

 

 

Week-end cinéma : « Mathieu Amalric et ses doubles »

30 septembre et 1er octobre


animé par Alain Bergala, essayiste, réalisateur, commissaire d’expositions et auteur de nombreux ouvrages sur le cinéma…

 

Mathieu Amalric

sera présent à la projection de Barbara,

samedi 30 septembre à 20h30.

 

Crédit photo Philippe Lebruman / Fiflr

 

 

La place de Mathieu Amalric est unique dans le cinéma français des vingt dernières années, habité par ses doubles de toutes sortes. Il y est disséminé partout, dans ses films personnels, ses propres personnages, et dans ceux des autres cinéastes qui ont fait de lui leur source d’inspiration et leur alter ego. De Mange ta soupe à Tournée, les personnages qu’il incarne dans ses propres films sont souvent des répliques de lui-même et des traces de sa vie personnelle au moment où il les tourne…

L’acteur Amalric a occupé pour sa génération –celle qui est apparue dans le cinéma français des années 90– le rôle cristallisateur qui avait été celui de Jean-Pierre Léaud pour celle de la Nouvelle Vague. Dans un cercle plus périphérique de ses avatars, il est devenu aujourd’hui le fil discret qui relie entre eux, dans un cousinage très large, l’essentiel de ceux que le cinéma français (mais pas seulement) compte comme véritables auteurs, même s’il ne fait qu’y passer discrètement, le temps d’une scène.

S’il est devenu indiscutablement l’acteur français qui incarne le mieux les hommes nerveux et inquiets, désirants et instables, quelque peu autodestructeurs, des années 1990-2000, c’est parce que des cinéastes comme Desplechin et les frères Larrieu ont vu en lui le bon corps, les bons rythmes, le bon débit de paroles, la bonne dose de folie où une génération allait se reconnaître. La chance et les rencontres qui lui ont permis de devenir le meilleur acteur de sa génération –à la fois acteur du verbe et acteur de plus en plus physique– se paie de dettes symboliques fortes. Amalric a dû souvent se battre contre lui-même et son succès d’acteur pour trouver le temps d’écrire et de tourner ses propres films, qui bénéficient parfois en contrepartie, par contagion, de ce qu’il a vécu comme acteur dans les films et les rôles des autres.

Car Mathieu Amalric n’est pas un acteur «qui fait aussi des films». Il s’est toujours considéré d’abord, à juste titre, comme un cinéaste. Ses années de formation ont été tendues vers ce désir de devenir réalisateur. Il s’y est préparé en travaillant sur les films des autres, à tous les postes accessibles possibles, et en réalisant parallèlement, avec les moyens du bord mais avec ferveur, des courts métrages d’apprentissage.

Certains acteurs, après une carrière réussie où ils ont acquis leur notoriété, décident de «passer», comme on dit, à la réalisation. C’est presque une tradition dans le cinéma français, mais le plus souvent, ils s’essaient trop sagement à la mise en scène, avec une grande timidité dans ce nouveau rôle. Plus rares sont ceux (comme Amalric, Stévenin ou Piccoli) qui se jettent avec audace, en prenant de vrais risques, dans ce nouveau rapport à la création. Mathieu Amalric s’est lancé sans garde-fou dans la réalisation, dès ses débuts, avec un appétit réjouissant et l’ambition d’être à la hauteur de ce que le cinéma français avait fait de mieux et de plus vivant avant lui.

Il est sans doute le cinéaste le plus renoirien de sa génération. Du plus grand des cinéastes français de tous les temps, il a hérité du versant solaire, dionysiaque, dont Tournée est l’évidence joyeuse, mais aussi de son versant plus sombre, plus maléfique, celui qui travaille en sourdine La Chambre bleue.

Passer un week-end avec quatre films réalisés ou interprétés par Mathieu Amalric est sans doute la meilleure façon de comprendre ce qui s’est joué dans le cinéma français depuis les années 90, avec l’émergence d’une nouvelle génération dont il est à la fois le meilleur acteur et le meilleur médium. Ce sera aussi l’occasion de revoir des extraits de ses= autres films pour y rencontrer d’autres doubles.

Alain Bergala

 

4 films présentés:


samedi 30 septembre

14h30 Mange ta soupe de Mathieu Amalric (1997)

20h30 Barbara de Mathieu Amalric (2017)

 

dimanche 1er octobre

10h L’Amour est un crime parfait Arnaud et Jean-Marie Larrieu (2013)

14h30 Les Fantômes d’Ismaël de Arnaud Desplechin (2017)

 

 

> Programme détaillé du week-end cinéma disponible dès la rentrée