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Les Garçons sauvages

Réalisateur : Bertrand Mandico
Avec ... : Pauline Lorillard, Vimala Pons, Diane Rouxel, Anaël Snoek, Mathilde Warnier, Sam Louwyck, Elina Löwensohn, Nathalie Richard…
Scénario : Bertrand Mandico
Son : Simon Apostolou, Laure Saint-Marc…
Musique : Pierre Desprats
Photo : Pascale Granel

FESTIVALS 2017:VENISE (Prix de la critique internationale) / BORDEAUX FIFIB (Grand prix du jury) / SÉVILLE (Prix spécial du jury) / MONTRÉAL / GARDANNE

 

Soirée-rencontre

avec Pauline Lorillard, actrice

et Pascal Vimenet, critique indépendant et enseignant de cinéma

LUNDI 5 MARS 20H

 

Vente de la BO du film en disque vinyle couleur collector à l’accueil de La Coursive (à partir du 28 février)

Séances :
  • mer 28 févr.20:30
  • jeu 1 mars16:00
  • jeu 1 mars20:15
  • ven 2 mars14:00
  • ven 2 mars18:15
  • sam 3 mars20:00
  • dim 4 mars18:15
  • lun 5 mars15:45
  • lun 5 mars20:00
  • mar 6 mars14:00
  • mar 6 mars18:15
  • mer 7 mars17:45
  • jeu 8 mars16:30
  • ven 9 mars14:00
  • sam 10 mars16:00
  • dim 11 mars14:30
  • dim 11 mars20:30
  • lun 12 mars16:00
  • mar 13 mars20:15
Durée : 1h50
Origine : France
Année : 2017
Type : noir & blanc et couleur

Début du XXe siècle, cinq adolescents de bonne famille épris de liberté commettent un crime sauvage. Ils sont repris en main par le Capitaine, le temps d’une croisière répressive sur un voilier. Les garçons se mutinent. Ils échouent sur une île sauvage où se mêlent plaisir et végétation luxuriante. La métamorphose peut commencer…

 

 

Connu dans le monde du court métrage pour sa singularité, pour ne pas dire la folie de son univers, Bertrand Mandico réussit magnifiquement le passage au long métrage, en parvenant à ne pas éteindre sa flamme formelle ni, à l’opposé, à exaspérer les sens du spectateur par les excès d’effets qu’un tel cinéma amène parfois. Le fil narratif nous emmène dans une aventure fantastique que le réalisateur a voulu au croisement des romans de Jules Verne et de William S. Burroughs –dont le titre du roman The Wild Boys est d’ailleurs un emprunt en forme de clin d’oeil– baignée dans un climat d’une poésie rare aujourd’hui, qui évoquera à certains la beauté du cinéma de Jean Cocteau. La prestation des comédiens, et en premier des comédiennes qui incarnent «les garçons» –Pauline Lorillard dans un rôle à l’opposé de ce qu’elle était dans Pour le réconfort, Vimala Pons méconnaissable, Diane Rouxel, Anaël Snoek et Mathilde Warnier– donne un relief encore plus particulier à cette oeuvre unique.

 

 

Quel est le point de départ des «Garçons sauvages» ?

BERTRAND MANDICO: J’ai voulu juste faire le film que je voulais voir, ne pas bouder mon plaisir de spectateur. Explorer un type de récit fantastique qu’on n’a peut-être pas l’habitude de développer quand on aborde un premier long: une histoire qui mêle aventure et surréalisme, île tropicale et studio, bateau et tempête… J’ai tourné en essayant d’embrasser la fantaisie chaque jour, avec toujours le désir d’entraîner le public dans ce sillage.

Le titre du film vient du roman de William S. Burroughs (1973), dont la quatrième de couverture annonce que des «adolescents guérilleros, rompus à toutes les armes du sexe et de la drogue, vont dévaster la terre»…

B. M.: C’est un titre qui me hante, cette couverture est prophétique. Burroughs pensait ses romans comme des films. Certaines séquences du roman ont été des déclics, comme les scènes de jeunes garçons faisant l’amour avec une masse végétale hypersexuée. Mais ce n’est pas du tout une adaptation, plus une rêverie sur un titre. J’ai voulu faire une bouture entre Jules Verne et Burroughs, une bouture impossible, comme si Burroughs contaminait une robinsonnade à la Jules Verne.

Parlez-nous du casting: vos «garçons sauvages» sont incarnés par des femmes et l’illusion est au début bluffante pour le spectateur non averti…

B. M.: J’ai pensé à des actrices dès le début. C’était le désir de leur offrir des rôles iconoclastes et chercher en elles les garçons sauvages… C’est intéressant de donner des possibilités de jeu à des actrices qui se sentent peut-être à l’étroit dans ce qu’on peut leur proposer. Cela a été long pour trouver les cinq jeunes actrices et la dynamique de bande : je ne voulais pas tomber dans la caricature du film choral, où la caractérisation physique de chacun est très marquée pour qu’on reconnaisse le personnage. Je voulais une bande unie, presque comme un groupe de rock.

Et qui jouerait quoi dans ce groupe?

B. M.: Vimala Pons serait au chant, Anäel Snoek au clavier, Pauline Lorillard à la batterie, Mathilde Warnier à la basse et Diane Rouxel à la guitare. Le Capitaine (Sam Louwyck) serait le manager qui se ferait voler son groupe par le Dr Séverin (Elina Löwensohn), qui aurait des ambitions plus hautes pour les garçons.

 


Comme dans vos courts, «Les Garçons sauvages» est une oeuvre chargée de violence et d’érotisme, mais avec un traitement singulier de ces deux mamelles du cinéma…

B. M.: Je ne suis pas du tout amateur de violence réaliste au cinéma. Ma préoccupation est de montrer la violence de façon presque vaporeuse et lyrique. La scène où Nathalie Richard est attachée nue sur un cheval, sur le papier, ça peut sembler cru et dur. Mais j’essaye, en filmant, de créer une distance onirique, non pour minimiser, mais pour l’intégrer à un récit que j’espère enivrant. Je ne suis pas certain qu’il faille violenter le spectateur avec cynisme. Je pense qu’au contraire, on peut faire passer des choses complexes autrement et créer sans doute un trouble plus profond. Pour ce qui est de l’érotisme, je me laisse guider par la caméra, la pellicule m’aide à embrasser les peaux, grain contre grain. Le numérique est trop dur pour mes yeux. Je ne cherche pas à être explicite, je tente le détournement par métaphores visuelles ou collages organiques. Par exemple, j’ai remplacé le sexe du Capitaine par une langue de boeuf –ce n’est pas très érotique sur le papier mais cela crée un trouble profond. Ce genre de substitution m’amuse beaucoup, comme pour les fruits phalliques ou poilus: mon érotisme est lié à l’humour noir, je m’amuse à planter des pointes d’ironie dans la sensualité.

Que ce soit dans la présence des fluides corporels ou la confusion des genres, vos courts métrages –et maintenant «Les Garçons sauvages»– sont traversés par l’idée de fluidité…

B. M.: C’est la mécanique organique vivante qui me motive, la communion de fluides, les fusions, les métamorphoses: les passages de frontières, les zones non marquées… Je travaille cela de façon obsessionnelle, inconsciente. Les Garçons sauvages n’est pas un film à thèse, c’est plus de l’ordre de la pulsion: un luisant objet du désir. Mes idées me disent où je me trouve, mais elles ne m’indiquent pas où je vais.

Propos recueillis par Léo Soesanto in Dossier de presse