Partager
Version imprimable

Current Size: 100%

Les Bonnes Manières

Réalisateur : Juliana Rojas et Marco Dutra
Avec ... : Isabél Zuaa, Marjorie Estiano, Miguel Lobo, Cida Moreira Andrea Marquee, Felipe Kenji…
Scénario : Juliana Rojas, Marco Dutra
Musique : Marco Dutra, Juliana Rojas, Guilherme et Gustavo Garbato

FESTIVALS : LOCARNO 2017 (Prix du jury) / L’ÉTRANGE FESTIVAL 2017 (Prix du public) / GÉRARDMER 2018 (Prix du jury)

Film interdit aux moins de 12 ans

Séances :
  • mer 21 mars15:30
  • mer 21 mars20:15
  • jeu 22 mars14:00
  • jeu 22 mars18:00
  • ven 23 mars16:15
  • sam 24 mars14:30
  • sam 24 mars20:15
  • dim 25 mars17:45
  • lun 26 mars17:00
  • lun 26 mars20:00
  • mar 27 mars15:00
Durée : 2h15
Origine : Brésil / France
Année : 2017
Type : couleur, v.o.

Avec son court synopsis qui nous parle d’une infirmière solitaire de São Paulo engagée par une jeune femme pour être la nounou de l’enfant dont elle est enceinte, Les Bonnes Manières n’éveille, volontairement, aucun soupçon. Les organisateurs du Festival de Locarno ont cependant tenu à ajouter cette fameuse petite phrase: «Certaines scènes sont susceptibles de heurter la sensibilité des spectateurs.» Pour être tout à fait exact, il aurait fallu ajouter: «Certaines scènes sont également susceptibles d’éblouir les spectateurs.» Quand l’infirmière, Clara, entre dans l’appartement de la future maman, Ana, elle peut y contempler la ville sous un jour nouveau, magique, coloré, presque futuriste. Et une fois la nuit tombée, la pleine lune surgira dans le ciel comme une apparition. La beauté frappante de ces images est, au sens strict, surnaturelle: les trucages numériques y trafiquent avec les vraies prises de vue, créant une impression de flottement entre rêve et réalité. Qui nous prépare à accueillir l’impossible. Le père inconnu de l’enfant à naître était un loup-garou. Et les soirs de pleine lune, Ana et le petit qu’elle porte ont grand besoin de manger de la viande…

Moitié homme, moitié bête, le loup-garou fait peur et surtout, il fait sens : tout est croisement dans ce film réalisé par deux moitiés, Marco Dutro et Juliana Rojas. Visuellement, on voyage du côté de chez Almodóvar, avec des décors intérieurs superbes et superbement travaillés. Et un univers de femmes, aux prises avec un enfant sauvage, que l’on voit grandir dans la seconde partie du film. Mais on plonge en même temps dans un merveilleux quasi hollywoodien, un rêve séduisant auquel se mêle la cruauté du cauchemar. Ces contrastes si forts sont réunis en une parfaite cohérence stylistique. Tout semble couler de source dans Les Bonnes Manières… C’est tout naturellement que Marco Dutro et Juliana Rojas font un cinéma qui se revendique, de toutes les façons possibles, différent. Découverts avec Travailler fatigue (2011), leur goût des cocktails entre réalisme et fantastique n’avait alors pas semblé tout à fait au point. Cette fois, ils maîtrisent parfaitement leur créativité sans barrière et accompagnent la mutation du spectateur d’aujourd’hui, de plus en plus ouvert aux passerelles entre les genres, aux croisements entre toutes sortes d’imaginaires. Les Bonnes Manières n’en est pas moins un choc, une sorte d’ovni. Mais le cinéma d’auteur trouve là une proposition passionnante, aussi ludique que très réfléchie. Et qui fera réfléchir.

Frédéric Strauss, telerama.fr, 10 août 2017