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La Caméra de Claire

Réalisateur : Hong Sang-soo
Avec ... : Isabelle Huppert, Kim Minhee, Chang Mihee, Jung Jinyoung, Yoon Heesun, Lee Wanmin…
Scénario : Hong Sang-soo
Musique : Dalpalan
Photo : Lee Jinkeun

CANNES 2017:SÉLECTION OFFICIELLE HORS COMPÉTITION

 

JEUDI 8 MARS 20H

Soirée-rencontre avec

Carole Desbarats, historienne et critique de cinéma

Séances :
  • mer 7 mars14:00
  • jeu 8 mars20:00
  • ven 9 mars18:30
  • sam 10 mars14:30
  • sam 10 mars20:30
  • dim 11 mars19:00
  • lun 12 mars14:30
  • lun 12 mars18:15
  • mar 13 mars16:15
  • jeu 15 mars16:30
  • ven 16 mars16:15
  • sam 17 mars19:00
  • dim 18 mars14:30
  • lun 19 mars16:45
  • mar 20 mars18:45
  • jeu 22 mars16:30
  • ven 23 mars18:45
  • lun 26 mars16:00
  • mar 27 mars14:00
Durée : 1h09
Origine : Corée du Sud / France,
Année : 2017
Type : couleur, v.o.

La beauté du film tient au grand cas qu’il fait du regard: non seulement Claire (Isabelle Huppert, extraordinaire que le cinéaste retrouve pour la seconde fois) prétend que ses photos transforment ses modèles, mais elle invite ces derniers à poser un regard différent sur le monde qui les entoure. «La seule façon de changer les choses, c’est de tout regarder à nouveau très longtemps», dit-elle. Une morale limpide et tenace, qui résume à merveille toute l’évidence et la sophistication mêlées du cinéma de Hong Sang-soo.

Le Monde

 

 

Pour Hong Sang-soo cette année à Cannes, il y avait la compétition, Le Jour d’après, et la séance spéciale: le tapis rouge et l’école buissonnière… Tourné en catimini pendant l’édition 2016 du Festival, il est venu comme un enchantement redéfinir la géographie de la ville, ses passages secrets, ses impasses, son horizon. On n’avait jamais vu la ville ainsi, sa bibliothèque, son restaurant vietnamien désert, et une jetée rocheuse qui rappelle la Corée. Hong Sang-soo a transporté son monde avec lui, dans le lieu a priori le plus enchâssé dans le cliché. Film limpide, gracieux, léger comme une ondée de printemps, La Caméra de Claire commence et finit dans un minuscule bureau du Palais des festivals, où travaille Manhee (Kim Minhee), juste avant de se faire licencier par une productrice jalouse: Manhee a eu le malheur de passer une nuit avec le réalisateur So, que celle-ci aime et produit. Le triangle se chiffonne et Claire (Isabelle Huppert) apparaît, en touriste «pour la première fois à Cannes» (!), et met son grain de sel dans l’affaire. Car Claire a un pouvoir, celui de prendre des photos avec son Polaroïd et ce faisant de changer discrètement le cours des choses. N’ayant rien de précis à faire à Cannes, elle s’engouffre dans les plis du marivaudage et fait miroiter ses clichés à elle devant les yeux fatigués mais ébahis des trois Coréens: ainsi Manhee se maquille beaucoup, So et sa productrice ont l’air heureux, tous ont croisé le même gros chien gris au moins une fois durant le festival. Maigres indices qui ne conduisent à rien d’autre qu’à un beau serpent farceur qui finit par se mordre la queue. C’est tout, c’est le titre du recueil de textes de Marguerite Duras que choisissent Claire et So à la bibliothèque: c’est trois fois rien et c’est énorme, comme La Caméra de Claire, le film de contrebande de Hong Sang-soo, minuscule perle précieuse jetée sur les berges cannoises à mi-parcours pour nous éblouir.

Laura Tuillier, Cahiers du cinéma n°734, juin 2017