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Jean Douchet. L’Enfant agité

Réalisateur : Fabien Hagege, Guillaume Namur, Vincent Haasser
Avec ... : Jean Douchet, Arnaud Desplechin Noémie Lvovsky, Barbet Schroeder Xavier Beauvois…
Musique : Arthur Dairaine

EN EXCLUSIVITÉ

 

 

MARDI 27 MARS 18H

Rencontre avec Jean Douchet,
critique et enseignant de cinéma et
Carole Desbarats, historienne et
critique de cinéma

Séances :
  • mar 27 mars18:00
Durée : 1h25
Origine : France
Année : 2017
Type : couleur / n et b

La critique est l’art d’aimer. Elle est le fruit d’une passion qui ne se laisse pas dévorer par elle-même mais aspire au contrôle d’une vigilante lucidité.

Jean Douchet


Jean Douchet est un passeur. Depuis une cinquantaine d’années, il est un critique de cinéma influent. Il sillonne les cinémathèques du monde entier pour rencontrer le public et parler des films qui le passionnent. Par son intelligence, sa culture, son humour, il a influencé des générations de cinéastes et d’amoureux du cinéma. Un soir, trois amis, Vincent, Guillaume et Fabien croisent son chemin. Ils sont immédiatement fascinés et séduits par sa parole. Et bien que le trio développe une relation privilégiée et intense avec Jean Douchet, l’homme n’en demeure pas moins plein de mystères…

 

 

 

Parmi les figures dominantes qui oeuvrèrent ou travaillent encore à commenter le cinéma

plutôt qu’à le créer, entre le chamanique André Bazin et le tutélaire Serge Daney, Jean

Douchet fait figure de chaînon manquant et, à cet égard, ne démérite pas du sous-titre

que de jeunes documentaristes, Fabien Hagege, Guillaume Namur et Vincent Haasser, ont

inscrit sous son portrait:L’Enfant agité.

Cette qualification follement énigmatique ne le reste pas longtemps quand on apprend

le nom d’un scénario écrit par Douchet au début des années 1980. Un conte où un enfant

égaré s’offre au diable, probablement. Le mystère se dissipe tout en augmentant sa brume.

A l’aune de cette incertitude, le portrait est une toile cubiste visible sous plusieurs angles

à la fois. Celui de la biographie est aigu mais réduit. Certes Douchet naît à Arras en 1929.

Bien sûr, comme deux fameuses demoiselles de Rochefort, la province l’ennuie et il monte

exercer son art à Paris où il collabore à La Gazette du cinéma puis, à partir de 1957, aux

Cahiers du cinéma en duo avec Rohmer.

Suivront des apparitions dans des films amis (Godard, Eustache, Rivette, Monteiro,

Chéreau), de rares publications (dont L’Art d’aimer, tout un programme!), des enseignements

furtifs, ou, encore plus discret, une dizaine de courts métrages (en 1965, il est du collectif

de Paris vu par…).

Mais encore? Rien d’intime. Douchet pratique l’élégante esquive quand ses interlocuteurs

s’approchent des frontières de la vie privée. Et c’est tant mieux. Car on n’écoute pas

Douchet à l’image pour débusquer quelque secret de l’ami Polichinelle. Ce qui dérive et

nous emporte, c’est le Douchet encore plus parlant que le cinéma qui l’anime, à la

manoeuvre aussi bien dans les nombreux débats d’après-film qu’il miracule avec ardeur,

que dans une pérégrination au festival de Bologne… Ce don de l’oralité et du contact

fulgure lors d’une archive qui sert un moment de fil rouge: un ciné-club où Douchet

déclenche de nouveaux courants d’air dans ce qu’on pensait être l’archi claquemuré

Citizen Kane.

Des anciens élèves de l’Idhec (Arnaud Desplechin, Noémie Lvovsky) témoignent de cette

voix «qui permet de mieux voir les films grâce à une bonne vie». Son ciné-fils préféré,

Xavier Beauvois, parle de «perfection dans une histoire d’amitié». Douchet à écouter-voir.

Douchet à prolonger, à rêver, dans les bras câlins et inquiétants de cet enfant-ogre aux

nombreux sortilèges. Il dit, gentiment philosophe: «J’ouvre et je lance le mouvement,

après démerdez-vous.»

Gérard Lefort, Les Inrockuptibles, 24 janvier 2018