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120 Battements par minute

Réalisateur : Robin Campillo
Avec ... : Nahuel Pérez Biscayart, Arnaud Valois, Adèle Haenel, Antoine Reinartz, Félix Maritaud…
Scénario : Robin Campillo, Philippe Mangeot
Son : Julien Sicart, Valérie Deloof…
Photo : Jeanne Lapoirie
Montage : Robin Campillo, Philippe Mangeot

FESTIVALS 2017: CANNES, SÉLECTION OFFICIELLE, GRAND PRIX / LA ROCHELLE

Séances :
  • jeu 25 janv.14:30
  • sam 27 janv.14:30
  • dim 28 janv.17:30
Durée : 2h22
Origine : France
Année : 2017
Type : scope-couleur

Robin Campillo raconte Act Up, l’activisme gay, le politique, le collectif, la France des années 90. […] Sur cette époque tempétueuse, cet engagement radical, c’est le film qui manquait, qui nous manquait. Il y avait un trou noir, une place à prendre que personne dans le cinéma n’avait occupée. Encore fallait-il ne pas rater la marche. Plusieurs dangers auraient pu menacer le projet: l’embaumement historique, la muséification, la naphtaline du respect obligé, ou pire, la compassion… S’il y a bien quelque chose que Campillo a appris et retenu de l’esprit Act Up, c’est l’effet de groupe. Ce film est un collectif, un mouvement, à plus d’un titre. Chaque personnage a droit à sa consistance singulière, du président d’Act Up aux nouveaux arrivants, d’un jeune couple de garçons à une «vieille» militante, d’un gamin en train de crever à sa mère qui l’assiste. Mais comme dans une gigantesque AG, bordélique et souvent comique, la spécificité de chacun est inquiétée, bousculée, et au bout du compte, exhaussée par sa dissolution dans une multiplicité autrement plus excitante et somme toute plus révolutionnaire que les petites aventures, peines et joie, de l’ego. Il n’y a pas de vedettes dans 120 Battements par minute, il n’y a que des stars de l’instant, ces moments où l’on a envie de hurler, sans autre moyen de se faire entendre. Le choix des acteurs est une autre leçon de mise en groupe. Certes, on finit par reconnaître Adèle Haenel, mais il est visible qu’elle n’a pas été choisie parce qu’elle est une actrice reconnue, mais plus instinctivement, parce qu’elle est une forte gueule, une cellule de protestation permanente, presque un anticorps nécessaire à la biologie insurrectionnelle du film. Les autres? Une troupe de formidables inconnus…

[…] Ni tombeau ni mausolée, le récit est emporté par une dynamique des flux, des lignes de fuite à la Deleuze, qui font le pont sur lequel, jeune ou vieux, pédé ou pas, femme ou homme, tous lucioles persistantes, on peut se rejoindre, se retrouver, s’étreindre, pleurer sur l’épaule de porcelaine de nos amis disparus, et se marrer à en vomir. Une scène le dit quand le film fait oeuvre de miséricorde : la toilette d’un mort, ses habits de cadavre, toutes les veuves et les veufs qui se pressent à son chevet. Le serre-kiki est là, aussitôt contesté par un négoce hilarant concertant la gestion des cendres après crémation…

120 Battements par minute, comme une accélération cardiaque, fait battre notre coeur d’aujourd’hui.

Gérard Lefort, Philippe Azoury…, Grazia Daily Cannes, 21 mai 2017