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Lisa Cat-Berro : portrait

 

 

Elle a du souffle Lisa. Un souffle qui gonfle ses voiles pour l’emmener sur toutes les terres du jazz. Et puis elle a un nom Cat-Berro, qui claque dans l’air et se termine comme un solo de Lee Konitz, tout en rondeur. Saxophoniste de son état, cette jolie blonde aux reflets forcément cuivrés fait son bonhomme de chemin depuis quelques années dans le paysage jazzistique français.

Les aficionados l’auront découverte dans le Lady Quartet de Rhoda Scott, au gré de ses pérégrinations festivalières ou au détour d’un club de jazz de la capitale. Ce quatuor de femmes de tête est mené par un morceau d’histoire, la swingwoman Rhoda Scott, pianiste reine du be-bop. Dans le milieu, disons viril, du jazz français, le Lady Quartet fait en effet figure d’exception, étendard non prémédité d’une réjouissance musicale toute en fougue, dont s’extirpent des joyaux comme l’inventive Sophie Alour ou Lisa Cat Berro.

Sur la route sinueuse de la jeune femme s’égrènent ainsi quelques balises, des repères qui l’ont fait grandir et s’affirmer, l’ont aiguillée sur la voie de l’alto. Le père, déjà, fou de jazz, qui écoutait sans cesse de vieux vinyls à la maison ; puis au lycée, le professeur d’histoire, saxophoniste mordu qui encadrait le big band de l’école et possédait « une maison tapissée de disques ».

La passion qui rôde commence à s’imprimer chez l’adolescente, qui enchaîne chaque été depuis ses 15 ans, des tournées avec une fanfare de rue rythm n’ blues ou étudie aux master class de Marciac, avec pour consultant de luxe, un certain Wynton Marsalis. L’apprentissage s’y fait à l’américaine, à l’oral et sans partition, ludique. A 17 ans, la jeune Lisa joue devant le maître, qui dira en sortant de la salle « She’s got the sound ! ». En américain dans le texte.

« Loin de la surenchère technique et numérique,
je veux qu’on entende le souffle,
le grain, presque la saliv
e »

Après trois années d’hypokhâgne khâgne laissant trop peu de place à la musique, elle intègre finalement un conservatoire, le prestigieux CNSM, graal souvent inaccessible pour les profils si peu orthodoxes, tout en jonglant entre cachets d’intermittence et cours. Des rencontres, encore, du travail, toujours, des précepteurs pointus… Elle y apprend beaucoup, notamment à « écrire pour toute sorte de formations, et même pour un orchestre symphonique. Une expérience géniale » sourit-elle avec gourmandise.

Gourmandise, parce qu’à l’écouter se raconter, on sent bien que c’est cette rigueur d’apprentissage tout autant qu’un parcours atypique – elle jouera même un été dans la fanfare de Disney !- qui ont forgé la musicienne.

Elle n’hésitera pas à aller jouer la comédie pour François Morel, dans son récital créé à La Coursive, « Le Soir, des lions... ». L’occasion de « ne pas rester cloisonnée au jazz » et de se faire diriger par la chanteuse Juliette. Sur cette dernière, Lisa ne tarit pas d’éloges : « elle a tout, l’oreille, le regard, l’intelligence ». L’occasion aussi de venir travailler à La Rochelle et de tomber amoureuse de la ville. « J’ai complètement flashé dévoile-t-elle, il se passe quelque chose ici, la lumière, ce port ouvert, ces pierres, le théâtre… La Rue sur les Murs est la plus belle rue du monde ! ». Plus de 150 dates avec l’équipée sauvage du sieur Morel, un « type extraordinaire », et voilà que Lisa revient créer sur nos terres. Mais à la tête de son propre équipage.

Déjà bercée par les rythmes africains, « l’avenir de la musique », elle se prend d’amour pour la folk et les sonorités multiples de Joni Mitchell. Un tournant, presque une révélation. Pas étonnant alors que son quartet se mutine en un rock band. Même si ça reste du jazz, je compose les harmonies avec cette esthétique roots et folk. Lorsque j’ai présenté le projet aux musiciens, je leur ai dit que je voulais la caisse claire de Neil Young, la basse de Melody Nelson et le son de guitare d’Ali Farka Touré ! ».

Après avoir répété en juin dernier au Théâtre Verdière, l’équipe décide non pas d’aller enregistrer son album dans un studio parisien comme il était prévu, mais ici, à même la salle. « Après les premiers essais, c’est devenu une évidence. Ce théâtre possède une grâce, une résonnance lumineuse qui rend notre son plus proche de la matière, des racines. Loin de la surenchère technique et numérique, je veux qu’on entende le souffle, le grain, presque la salive ».

Déterminée et à l’écoute, Lisa Cat Berro est décidemment une fille épatante. Sans esbroufe, elle vogue avec délicatesse sur les rivages du jazz et se nourrit de chacune de ses escales. Sa nouvelle embarcation viendra jeter l’ancre pour quelques jours sur le Vieux Port, avant, elle l’espère, d’y poser un jour pied à terre. Et dans un grand éclat de rire : « Mais pour ça, il faudra que je vende vraiment beaucoup d’albums ou que je trouve un mari très riche ! ». Et en plus elle a de l’humour… La demoiselle Cat-Berro est définitivement une lady.

 

Par Camille Lagrange