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La Verita : L'étrange histoire de la toile de Dali

 

La Verità : quand Dali s'expose au théâtre...

 

Un immense rideau original de Salvador Dali sera sur la scène du Grand Théâtre pour la venue du spectacle de Daniele Finzi Pasca, La Verità, en février 2014.

Une histoire rocambolesque, une toile énigmatique cachée pendant près d’un siècle…

Un événement inédit, aussi bien pour La Coursive que pour les scènes du monde entier qui accueillent ce spectacle décidément hors du commun.

 

 

 

Dali l'exilé

Picasso, Matisse, De Chirico, Chagall… de nombreux peintres du XXème siècle ont contribué aux décors de grands ballets ou d’opéra. Mais aucun d’entre eux ne fut aussi jusqu’au boutiste que Salvador Dali. Le mégalomane prince du surréalisme réécrivait les livrets, réglait les chorégraphies, imposait sa vision du spectacle, s’engageant totalement. S’il a travaillé avec Maurice Béjart, Visconti ou Peter Brook dans les années 60 et 70, c’est lors de son exil américain que Dali, réfugié-star à New York, fut le plus prolifique sur la scène du spectacle vivant. Il décida de s’attaquer à Tristan et Yseult de Wagner, sous le nom de Tristan fou, un spectacle avant-gardiste - « premier ballet paranoïaque » selon son auteur – d’une longueur de 20 minutes à peine.

 

120m2

Alors que la deuxième guerre mondiale terminait de déchirer l’Europe, la première de Tristan Fou eu lieu le 15 décembre 1944, à l’International Theatre de New York. Costume, livret, décors… tout est créé et supervisé par le maître catalan. Il conçoit notamment un immense rideau de scène, de neuf mètres sur quinze, qu’il imagine et termine de peindre lui-même. Une image saisissante de 120 m2 qui faisait l’ouverture de Tristan Fou, première vision magistrale, angoissante, d’une puissance foudroyante, offerte aux spectateurs de l’époque. Les critiques, eux, l’avaient jugée « trop grande » ! La maquette et les esquisses originelles du décor, travaillées par Dali dès 1938, furent volées par les Nazis avant d’être retrouvée et confiée à la Fondation Dali de Figueras (Espagne).

 

La redécouverte

Disparue de la circulation, jamais montrée depuis, la trace de cette œuvre monumentale ressurgit du passé le jour de Noël 2010. Une fondation européenne, propriétaire du tulle, contacte Daniele Finzi Pasca et lui propose de créer un spectacle en y intégrant l’œuvre. Un prêt de six ans avec pour seule condition que l’identité de cette société d’art, vraisemblablement suisse, reste dans un parfait anonymat. Entreposé pendant près de quatre-vingts ans dans les caves du Met de New York, le tulle appartenait aux héritiers du marquis de Cuevas, époux d’une fille du magnat Rockefeller qui avait offert le spectacle, avant de parvenir à ce mystérieux mécène suisse qui, au passage, l’a fait restauré. Le Centre Pompidou le voulait absolument pour sa grande rétrospective consacrée à Dali, l’année dernière… Mais loin des musées, c’est sur la scène du Théâtre Maisonneuve de Montréal que fut dévoilé, en première mondiale depuis huit décennies, le grand rideau de Tristan Fou. Un événement extraordinaire pour les historiens de l’art. « Une affaire énorme, d’une beauté splendide. Un vrai Dali en scène ? Énorme et beau, à couper le souffle ? Un Dali de 9 mètres sur 15 ! Tout le monde va penser que c’est une copie… » raconte Daniele Finzi Pasca. Tellement énorme qu’il décide d’en faire le cœur d’un nouveau projet, La Verità.

 

Une expérience surréaliste

Chaque soir, un diable de lin et de coton peint à l’huile surgit de sa boîte pour être tendu au fond de la scène et accueillir les regards d’un public venu là pour admirer la folie acrobatique de la compagnie circassienne. Incroyable rencontre, éblouissante expérience surréaliste, La Verità décline les inspirations croisées d’un des peintres les plus célèbres du monde à un créateur contemporain, comme « une incursion théâtrale et acrobatique dans la vie du peintre » selon Finzi Pasca. C’est sans doute la première fois qu’un spectacle - de cirque, qui plus est ! - emporte avec lui en tournée une œuvre originale de Salvador Dali, de surcroit avec des dimensions aussi monumentales. Du tissu, des couleurs, de la sueur et du rêve, à cheval sur deux siècles. Quatre-vingts ans plus tard, Tristan fou connaît une seconde naissance…

 

 

 

« Les paysages de Dali sont-ils des extérieurs nuit ou jour ? La réponse : ni l’un ni l’autre, les images de Dali appartiennent à une autre dimension, celle du rêve. » Daniele Finzi Pasca

 

La Verità, du 14 au 16 février 2014

 

Texte Camille Lagrange
photos Andrea Lopez / Viviana Cangialosi / © Salvador Dali, Fundación Gala-Salvador Dalí